Confort et productivité


Le confort, nouvelle quête vestimentaire

Article de Anita Patil – The New York Times - 19 février 2013

La recherche nous dit qu’être détendu améliore la productivité. Ralentissez, mettez une tenue décontractée, détendez-vous. Ce leitmotiv nous parle, nous qui sommes impatients de satisfaire notre désir de confort matériel. Nul doute qu’à l’école, votre chaise n’était pas confortable. Par contre, de nos jours, tout doit être ergonomique. Les nouvelles chaises offrent aux élèves une réelle liberté de mouvement. Elles sont « adaptées au corps humain » et « ergonomiques » déclare un principal de lycée au Times. Les administrateurs expliquent que les élèves semblent s’impliquer davantage grâce à ces nouvelles chaises mais ils ne sont pas les seuls à vouloir être plus à l’aise.

Une étrange quête de confort touche les femmes qui sortent de chez elles vêtues de chaussons fourrés bien trop grands, parfois même associés à des tailleurs. Ce look Chewbacca est probablement attribuable à la créatrice Phoebe Philo, qui a présenté lors du défilé Céline printemps-été 2013, des chaussures en fourrure, précise Guy Trebay du Times. La mode a une tendance subversive à « atténuer les frontières entre vie publique et vie privée », explique-t-il. Porter de la lingerie pour seuls vêtements, sortir dans la rue en pyjama, avec des Crocs ou des sandales de douche Adidas « sont de parfaits exemples de la disparition, probablement pour toujours, de la frontière autrefois claire entre ce que nous portons à la maison et ce que nous portons dans la rue ». Pour Hamish Bowles de Vogue, « tout est une question de confort ». Carlyne Cerf de Dudzeele, éditorialiste pour Vogue, a été quant à elle surprise. « N’y aurait il pas d’autres tenues tout aussi confortable ? » Les possibilités sont pourtant nombreuses.

Les bodys et les grenouillères une pièce en molleton disponibles en grandes tailles permettent aux adultes de retomber en enfance. Venus d’Europe, ces bodys sont adoptés par des stars comme Justin Bieber et les membres du groupe One Direction. Un body de la marque norvégienne One-Piece coûte entre 160 et 290 dollars. Pensé comme un cri de révolte contre la mode, il pourrait disparaître aussi vite qu’il est apparu parce que le confort des uns et la souffrance des autres. Au bureau, il n’existe aucune définition universelle de la notion de confort, surtout en matière de température, écrit Maggie Koerth-Baker dans Times Magazine. Tout comme elle a rendu les climatiseurs abordables, la mondialisation a facilité l’adoption massive d’un code du bâtiment qui détermine la température idéale dans les immeubles de bureaux à travers le monde.

La norme dépend pourtant de la culture. « Elle s’appuie sur un modèle mathématique développé au Danemark et aux Etats-Unis dans les années 60 et 70 afin qu’un salarié type, un homme portant un costume, se sente à l’aise », écrit Mme Koerth-Baker. Toutefois, qu’en est-il de la tenue des salariés dans les pays plus chauds où un Dashiki est une tenue acceptable ? D’après elle, s’ils décidaient de s’habiller différemment, ils se sentiraient moins à l’aise. Et qu’en est-il des femmes qui ont tendance à porter des chemisiers, des jupes plus fins lorsqu’il fait chaud ? « La température dans les bureaux est déterminée pour les hommes qui sont censés porter des chemises à manches longues toute l’année », comme l’a déclaré Susan Mazur-Stommen de l’American Council for an Energy-Efficient Economy à Times Magazine. « Si tout le monde portait une tenue adaptée à la saison, nous ne serions pas contraints de chauffer ou de rafraichir autant les locaux ». Mais, qu’est ce qu’une tenue adaptée si, comme l’explique Mme Koerth-Baker, la définition d’une notion aussi élémentaire que le confort fluctue en permanence ?

Julien Pons
Lundi 29 Juillet 2013

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