Une initiation à la pierre sèche pour façonner de futurs artisans

Tout au long de l'année, le Greta de Haute-Corse ainsi que celui de Corse-du-Sud organisent dans toute la Corse des formations destinées à transmettre ce savoir-faire. Parfois, ils créent des vocations.
Voici un article de JF COLONNA paru dans Corse-Matin du 29 Mars 2014



Charles Hiver, professionnel et formateur, utilise toujours les outils et la technique d'autrefois. La relève fait de même et choisit le bon vieux fil à plomb. (Photos Michel Luccioni)
Charles Hiver, professionnel et formateur, utilise toujours les outils et la technique d'autrefois. La relève fait de même et choisit le bon vieux fil à plomb. (Photos Michel Luccioni)

On est allergique au ciment

Charles Hiver, le formateur, plante d'emblée le décor. Celui d'Alata est teinté d'authenticité, de pierres et de terre. Autour, une vingtaine de petites mains s'agite. Ce sont celles des dix participants à la formation d'initiation à la pierre sèche organisée par le Greta de Haute-Corse. « Mais nous travaillons main dans la main avec celui de Corse-du-Sud pour toutes ces formations, qui ont lieu dans différents endroits à chaque fois ", précise, si besoin en était, Sébastien Frémont responsable des formations pierre sèche au Greta de Haute-Corse.
Souvent, c'est à Saint-Pierre-de-Venaco, chez Charles Hiver, que les cours se dispensent. Un lieu qui, de part son nom, appelle naturellement à travailler ce matériau représentatif
de la culture insulaire. Caseddi, fontaines, ponts, cheminée, murs ou encore escaliers témoignent à quel point la pierre a toujours été fortement usitée. « Avant, tout le monde en avait à proximité et savait la travailler, sans superflu. De ces artisans, il n'en reste plus beaucoup aujourd'hui ", regrette Charles Hiver.

Il n'est pas le dernier, mais il fait parti de ces rares qui maîtrisent encore les techniques d'avant. Peu avare, il partage son savoir pour créer la relève, lui qui possède sa société ACPetra. «Au départ on s'attendait à avoir beaucoup de retraité, et c'est ce qui s'est passé, analyse Sébastien Fremont. Mais au fil des formations on s'aperçoit qu'il y a de plus en plus de jeunes qui s'inscrivent ». Une présence qui rassure formateurs et responsables. «L'objectif est de créer des artisans capables de créer et surtout de réhabiliter ce que la Corse possède déjà », défend Sébastien Frémont. Mieux, les formés réclament souvent des cours plus poussées, dits de «perfectionnement. Il y en aura prochainement : à Saint-Pierre-de-Venaco en mai et en juin, ainsi qu'en octobre à Alata et à Bocognano cette fois. Charles Hiver insiste particulièrement sur le cas de « deux jeunes », « Ils participent au chantier d'insertion du foyer rural de Bocognano. Ils ont vraiment du talent" , assure-t-il. L'épouse du formateur, Antoinette, visiblement très étonnée des capacités de ces deux travailleurs ne tarit pas d'éloges à leur sujet. « Il ne fait aucun doute qu'ils monteront leur entreprise. Ils ont un temps d'avance sur les autres". Le formateur les a déjà pris sous son aile.

Retraités, passionnés, formations continues...

Discrets , ils n'ont pas de temps pour les bavardages et restent au pied du mur. Qu'ils réexaminent et analysent à chaque bloc posé, encore et encore. Dans le seul but de trouver la pierre qui viendra consolider le puzzle. À côté d'eux ,d'autres participants, des retraités, des cadres , des employés qui utilisent leur droit à la formation (Dif), des passionnés , qu'importe. Ils observent, souvent admiratif, le travail des deux jeunes . Mais surtout ils apprennent. Or Je suis reconverti dans les gîtes de France. C'était important pour moi de pouvoir, à terme, m'occuper seul de mon terrain », témoigne un ancien cadre d'Air France avant de conclure : « On apprend à donner du temps au temps ". Un stage que tous recommandent. Ils étaient là pour poser la première pierre, il y a de fortes chances qu'ils le soient pour les prochaines.

JEANNE-F. COLONNA
jcolonna@corsematin.com



Mardi 1 Avril 2014
Ange-François FILIPPI