S’initier à la pierre sèche pour préserver le patrimoine

Un article de B.I.-L paru dans Corse-Matin du 3 juillet 2019.



S’initier à la pierre sèche pour préserver le patrimoine

Un savoir-faire ancestral que les passionnés refusent de voir tomber dans l’oubli. La semaine dernière, durant cinq jours, une dizaine de stagiaires venus de toute l’île a rejoint San Petru di Venacu pour s’initier à la construction de murs en pierres sèches, dans le cadre d’une formation mise en place par le Greta de Haute-Corse. Celle-ci s’est déroulée aux côtés de Charles Hiver, chef d’entreprise spécialisé, installé depuis 1981.
"Chaque stagiaire paye lui-même sa formation, précise Catherine Folini, conseillère en formation continue au Greta 2B. Ce type de stage est très important, non seulement pour la préservation du patrimoine et des savoir-faire, mais aussi pour l’environnement. Construire en pierres sèches permet aux végétaux et aux petits animaux de se reproduire. De plus, l’eau s’y infiltre naturellement, ce qui évite les risques de destruction des ouvrages lors d’intempéries."

Équipés des outils et de l’équipement de protection mis à leur disposition, les stagiaires suivent scrupuleusement les indications du formateur. Par chance, le mur sur lequel ils travaillent est à l’ombre de grands arbres la majeure partie de la journée. "Pour refaire un mur en pierres sèches, il faut le démolir entièrement avant de le reconstruire depuis les fondations, sinon il risque de ne pas tenir, décrit Vannina, 35 ans, venue d’Acqua-Doria, à côté de Coti-Chiavari. Sur mon terrain, le maquis était impénétrable, il a fallu faire un énorme travail de démaqui-sage. J’ai retrouvé des cultures en escalier, des murs et des enclos à agneau, tout en pierres sèches. C’est pour cela que je suis ici, je voudrais utiliser ce savoir-faire traditionnel pour restaurer ces ouvrages sur mon terrain."

Et pour un travail qui peut s’avérer très physique, les femmes doivent se montrer ingénieuses, afin de compenser "le manque de masse musculaire" :"Dans le Lyonnais, ma grand-mère avait refait tous les murs de sa maison en toutes petites pierres, reprend la jeune femme. Maintenant, je comprends pourquoi. Les murs sont tout aussi solides, ils sont juste plus longs à faire et demandent plus de technicité."

Prochaine formation en octobre à Tavacu

Même constat pour Mireille, 67 ans, venue de l’Alta Rocca : "Si c’est difficile pour une femme ? Oui, mais il ne faut pas que de la force, il faut aussi de la précision. Mon objectif n’est pas de construire un mur en deux jours, ça prend le temps que ça prend." Elle avait déjà réalisé des stages ailleurs, "dans le Kentucky", aux États-Unis. Mais jamais sur l’île : "Les techniques de base sont les mêmes, mais j’aimerais aussi me perfectionner sur des techniques plus pointues."

Comme Vannina, Jacques, originaire de Casanova, aimerait restaurer des ouvrages présents sur le terrain qu’il vient d’acheter à Miomo dans le Cap.
Pour le jeune homme de 39 ans, la difficulté porte sur les différences entre les pierres de chaque région : "A Venacu, les pierres sont plus grandes et moins friables ; dans le Cap, elles sont plus schisteuses. Je pense que pour bien monter un mur, il faut beaucoup de pratique", remarque-t-il.
"Nous proposons des formations pour les particuliers, les entreprises, mais aussi pour les exploitants agricoles et viticoles, complète Catherine Folini.Pour ces derniers, le Greta prend intégralement en charge les frais de formation."


Le prochain stage de pierres sèches se déroulera à Tavacu, du 7 au 12 octobre.

Contact

Inscription par mail : catherine.folini-andre@ac-corse.fr
téléphone : 07 76 79 97 81




Mardi 9 Juillet 2019
Ange-François FILIPPI