Séquence pour la  classe de Seconde :

“Éloge et Blâme dans la production  surréaliste” :

 

 

Développement de la problématique:

 

S’agissant des perspectives principales : genre poétique, registre lyrique pour certains textes / argumentation : défense, polémique et satire.  

- montrer que l’épidictique est au cœur de la production surréaliste : parcourir 20 ans de surréalisme (mouvement d’une longévité inégalée mais touchée par des ruptures, des crises et qui tout au long de son existence produit un discours rhétorique pour exposer, défendre, commenter, célébrer, vilipender...). A l’origine de l’éloge et du blâme, il y a ou indignation ou élan admiratif, donc engageant un affect, un éthos. Il s’agira de montrer comment l’épidictique  vise à “émouvoir le récepteur à partir d’une réalité connue [...] soit on valorise une action, une personne sous la forme de l‘éloge, sous la forme de l’hommage, soit au contraire on dénigre par le blâme, la satire...”. De fait, considérer que dans le blâme on retrouve l’inversion des vertus exposées dans l’éloge, le blâme vu schématiquement  comme double négatif de l’éloge.

Les deux versants de l’épidictique seront donc étudiés :

 Éloge : blason, manifeste, éloge funèbre.

 Blâme : pamphlet, outrage funèbre ou “cadavre”, épigramme, poème satirique.

S’agissant des perspectives complémentaires :

- mouvement littéraire et culturel : une figure fédératrice ou chef de file (Breton), la vitalité du mouvement au Xxème siècle avec et sans Breton (comment un mouvement peut marquer plusieurs générations), le rapport de l’idéologie et de l’esthétique (esthétique et engagement).

Montrer quelle philosophie anime ce mouvement : changer la vie, faire valoir une nouvelle vision du monde, et de fait, une nouvelle vision de la création littéraire (aspect transgressif voire subversif du mouvement). Le rapport avec la poésie (genre privilégié dans la séquence) s’impose puisque la poésie doit être montrée aux élèves comme un moyen de connaissance et de recréation du monde. Avec ces textes voir aussi la dimension collective de l’aventure poétique.

Le surréalisme a loué la femme, la liberté, l’amour fou, l’inconscient, le rêve, la poésie, en combattant parallèlement un pôle académique, en alignant action et littérature, en prônant la destruction totale des liens sociaux, moraux, religieux. Le rapport Surréalisme / épidictique  a donc un bien-fondé. Enfin, cette étude permet un regard nécessaire sur la création au XXème siècle liée aux avancées de ce siècle : psychanalyse, ethnologie, linguistique sont les trois moteurs de la création surréaliste.  Le pôle linguistique sera à considérer pour la signification de l’écriture automatique. Ce rapport au langage étant un des moyens de refonte de l’humain et de l’appréhension du monde : “changer l’imagination pour changer le réel”.

Rapport au contexte  historique et enfin intertextualité (réécriture du blason, écrits à l’intérieur du groupe qui se répondent).

 

 

DESCRIPTIF DE LA SEQUENCE

TEXTES

CONTENUS / TRAVAUX

Lectures cursives / lectures de l’image

Écrits

Séance 1 :

A. Breton,  L’union libre,  Clair de Terre, 1931

Séance 2 : lecture cursive et étude de l’image

Lecture analytique 1h30 : la réécriture du blason, écriture automatique, l’image surréaliste

Module : étude de la métaphore

étude de la langue

“La courbe de tes yeux...”, P. Eluard, Capitale de la douleur, 1926

Image : Max Ernst, Pléiades, 1922

Sujet d’invention  

Écrire un blason à la manière surréaliste

Séance 3 :

Tract surréaliste, Déclaration du 27 janvier 1925.  Écrit collectif.

Lecture analytique : double écriture : pamphlet et manifeste.

Philosophie et idéologie

Lecture de l’image :

Max Ernst, Au rendez-vous des amis,1922

 

Séance 4 :

Gabriel Péri, P. Eluard, Au rendez-vous allemand, 1945

Lecture analytique : éloge funèbre, retour à une poésie plus traditionnelle,

poésie de la Résistance

L. Aragon, Ballade de celui qui chanta dans les supplices, ( à G. Péri ), 1943, sous le pseudonyme J. Destaing, in L’honneur des poètes

 

Séance 5:

Écrits collectifs :

 Un cadavre, 1924

Un cadavre, 1930

Manifestes

Lecture analytique  qui suit la lecture cursive de préparation :

Blâme d’un collectif anti-Breton qui utilise les procédés lancés par Breton (réécriture) (querelles internes)

Manifeste collectif, Un cadavre,  ext. L. Aragon 1924 outrage funèbre pour la mort d’Anatole France

 

Séance 6 :

J. Prévert, L’Effort humain, Paroles, 1945

Lecture analytique : une poésie satirique : une image : l’allégorie délire verbal

  Mise en abîme de l’épidictique avec le  blâme de l’éloge

lecture éventuelle de l’image  : cf. collages de Prévert qui accompagnent  nombre de ses poèmes

 

Séance 7 :

Évaluation

commentaire composé sur une des lectures cursives

 

Rédaction ou /et élaboration du plan

 

Séquence sur 3 semaines qui peut se situer en fin d’année scolaire comme dernière séquence de l’année car transitions  possibles avec la classe de 1ère sur les registres et le genre poétique. Séquence qui vient compléter une séquence sur l’argumentation d’une part et une séquence sur le lyrisme, les vers, l’oraison vus dans une séquence sur le tragique au XVII par exemple.

 

Travaux en module et aide individualisée : travailler les outils de langue structures phrastiques, modalisation, énonciation (pronoms personnels, valeurs des temps), lexique + rythme du vers, sonorités...

Travailler sur les figures de manière plus approfondie : la métaphore, l’allégorie.

(+ amplification, anaphore...). Oral : dire les textes : module et aide individualisée

 

Déroulement de la séquence

 

Séance 1: L’Union libre, André Breton. 2h + 1 h de module sur ce texte

 

Ma femme à la chevelure de feu de bois
Aux pensées d'éclairs de chaleur
A la taille de sablier
Ma femme à la taille de loutre entre les dents du tigre
Ma femme à la bouche de cocarde et de bouquet d'étoiles de dernière grandeur
Aux dents d'empreintes de souris blanche sur la terre blanche
A la langue d'ambre et de verre frottés
Ma femme à la langue d'hostie poignardée
A la langue de poupée qui ouvre et ferme les yeux
A la langue de pierre incroyable
Ma femme aux cils de bâtons d'écriture d'enfant
Aux sourcils de bord de nid d'hirondelle
Ma femme aux tempes d'ardoise de toit de serre
Et de buée aux vitres
Ma femme aux épaules de champagne
Et de fontaine à têtes de dauphins sous la glace
Ma femme aux poignets d'allumettes
Ma femme aux doigts de hasard et d'as de coeur
Aux doigts de foin coupé
Ma femme aux aisselles de martre et de fênes
De nuit de la Saint-Jean
De
troène et de nid de scalares
Aux bras d'écume de mer et d'écluse
Et de mélange du blé et du moulin
Ma femme aux jambes de fusée
Aux mouvements d'horlogerie et de désespoir
Ma femme aux mollets de moelle de sureau
Ma femme aux pieds d'initiales
Aux pieds de trousseaux de clés aux pieds de calfats qui boivent
Ma femme au cou d'orge imperlé
Ma femme à la gorge de Val d'or
De rendez-vous dans le lit même du torrent
Aux seins de nuit
Ma femme aux seins de taupinière marine
Ma femme aux seins de creuset du rubis
Aux seins de spectre de la rose sous la rosée

Ma femme au ventre de dépliement d'éventail des jours
Au ventre de griffe géante
Ma femme au dos d'oiseau qui fuit vertical
Au dos de vif-argent
Au dos de lumière
A la nuque de pierre roulée et de craie mouillée
Et de chute d'un verre dans lequel on vient

de boire
Ma femme aux hanches de nacelle
Aux hanches de lustre et de pennes de flèche
Et de tiges de plumes de paon blanc
De balance insensible
Ma femme aux fesses de grès et d'amiante
Ma femme aux fesses de dos de cygne
Ma femme aux fesses de printemps
Au sexe de glaïeul

Ma femme au sexe de placer et d'ornithorynque
Ma femme au sexe d'algue et de bonbons anciens
Ma femme au sexe de miroir
Ma femme aux yeux pleins de larmes
Aux yeux de panoplie violette et d'aiguille aimantée
Ma femme aux yeux de savane
Ma femme aux yeux d'eau pour boire en prison
Ma femme aux yeux de bois toujours sous la hache
Aux yeux de niveau d'eau de niveau d'air de terre et de feu

 

André Breton (1896-1966),
Extrait de Clair de terre, 1931.

 

Choix du texte  et objectifs de la  lecture analytique :

 

Genre et registre : une forme poétique de l’éloge : le blason ou petit hymne. Un topos du lyrisme amoureux traditionnel : l’éloge à la femme aimée.

 

Mouvement littéraire /culturel : Un poète, chef de file du mouvement et l’écriture automatique comme pratique libératoire qui va révéler les profondeurs de l‘intime, suivie de l’image surréaliste. La création surréaliste sert une philosophie  : recréation du monde par la célébration de la femme qui devient une femme-univers, recréation du poétique par la réécriture du blason, le renouvellement de l’éloge et de la topique lyrique pour arriver à une révolution des mœurs, du langage, des idées. (notion d’intertextualité dans la création poétique à mobiliser).

 

Montrer la modernité du poème dans une forme topique.

On peut demander aux élèves de rechercher un blason dans leur manuel ou dans une anthologie pour proposer une définition et leur permettre d’en reconnaître l’inspiration : ici amour fou, la femme, la poésie.

 

  1. Forme et construction du poème pour souligner le premier aspect de l‘écriture surréaliste, automatisme et inconscient: derrière le désordre apparent, montrer qu’un sens se crée et que l’ordre ici est celui de la création poétique dont l’inspiratrice, la muse est la femme aimée. Son corps et la caresse du poète sur ce corps loué gouvernent la création qui dessine une géographie du corps féminin. Syntaxe des vers : la litanie de l’anaphore insistante et de la même construction syntaxique répétée. Remarquer que l’évocation de l’œil clôt le poème : tradition lyrique courtoise et thème cher aux surréalistes (oeil et rêve, inconscient,  érotisme...). Absence de ponctuation, vers libres.
  2. Relevé et classement des évocations : faire 4 groupes chargés de repérer ce qui appartient au minéral, végétal, animal, cosmique, aux éléments plus rares. Le corps étant le lieu où se retrouvent toutes les composantes  de l’univers et la femme, l’espace où se scelle l’unité des 4 éléments. Femme plurielle et infinie qui symbolise tout. Force transgressive dans la célébration fortement érotisée de cette  femme-univers. + Associations purement vocaliques : lyrisme et chant
  3. Le lyrisme renouvelé : l’image surréaliste.

Évocation du corps est suivi de métaphores surprenantes, hermétiques, qui résistent à une évidente signification. 1ère approche  à poursuivre en module :  montrer en classe entière l’aspect concret presque réaliste (rapport à l’objet à souligner dans l’esthétique surréaliste) des métaphores et qu’elles reposent sur l’écart le plus grand : force poétique du stupéfiant image.

 

Bilan : Célébration dans une vision kaléidoscopique proche du cubisme à élargir à partir du titre :

Union libre des mots, des images, des amants pour la création poétique. Éloge  de la poésie moderne.

 

 

MODULE : Étude de la métaphore :1h

 

Il faudra montrer que  la métaphore  crée un nouveau référent : le poète n’est plus maître de l’image au sens où elle  traduirait sa pensée mais l’image pense pour lui. Elle prend ici un caractère onirique. Favoriser le plus fort degré d’arbitraire.

 

Rappel du principe de ce trope par ressemblance :

Type de métaphore : in praesentia  : thème et phore sont donnés : cas du texte

                                     in absentia : seul le phore est donné

Théorie de l’écart ou du rapprochement fortuit (hasard objectif): voir écart thème /phore : fonction heuristique  : redéfinir le monde donc fonction référentielle et non ornementale de la métaphore.

  

Faire des relevés par groupes : associations motivées par analogies sonores (assonances /allitérations), associations rythmiques, associations motivées par l’incohérence Nom /adj..., la lumière, les couleurs, les images de la femme enfant, fatale, fée... Travailler sur les dénotations/ connotations

 

Bilan :

métaphores descriptives : formes de la femme et sensations procurées (connotations amoureuses ) : érotisation de l’éloge amoureux par ce jeu métaphorique.

métaphores : fonction poétique : images obscures qui suscitent l’activité du lecteur, son imagination.   

Sur le site magister.surréalisme, on peut trouver un enregistrement de ce poème dit par Breton : le faire écouter aux élèves peut permettre de faire sentir cette déclamation particulière au poète, voix papale de chef de file du mouvement : principal argument du blâme dans la séance sur l’outrage à Breton.

                                                     

Séance 2 : 30 min

Lecture cursive : autre blason à mettre en parallèle avec le précédent . Titre (importance des yeux dans la topique du lyrisme amoureux) + Montrer que les poètes surréalistes voient en la femme la mesure de toute chose.  

 

La Courbe de tes yeux
La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur,
Un rond de danse et de douceur,
Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,
Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu

C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu.


Feuilles de jour et mousse de rosée,
Roseaux du vent, sourires parfumés,
Ailes couvrant le monde de lumière,
Bateaux chargés du ciel et de la mer,
Chasseurs des bruits et sources des couleurs,


Parfums éclos d'une couvée d'aurores
Qui gît toujours sur la paille des astres,
Comme le jour dépend de l'innocence
Le monde entier dépend de tes yeux purs
Et tout mon sang coule dans leurs regards.


- entre Oct. 1924 et août 1926 -  

Paul Eluard, Capitale de la douleur

 

30 min : Lecture de l’image : Max Ernst, Pléiades,1920

 

 

 

Texte au bas du tableau «  La puberté proche n’a pas encore enlevé la grâce tenue de nos pléiades /le regard de nos yeux pleins d’ombre est dirigé  vers le pavé qui va  tomber / la gravitation des ondulations n’existe pas encore »

 

Rapprochement poésie / peinture dans le mouvement surréaliste : titre + sujet

Formes sphériques : présence de l’élément cosmique // femme : bras qui pourfend un globe

Poussière minérale et loi de la gravitation qui imposent un mouvement vers le bas

Couleurs et matières : collages, image et texte (non visible ici)

Sens poétique : femme, corps nu en chute libre, chevelure éployée, désarticulation de cette femme mais corps qui chute droit : statuaire revisitée

Image des muses, de la muse (poètes de la Renaissance)

Questions posées par le tableau : mouvement de chute ou d’élévation ?

Chute des mirages antiques ? chute de l’idéal divin ? Rêve, image de l’inconscient,...

Nouvelle vision de la femme, de la muse, et en conséquence de la création artistique.

 

 

Séance 3 : 1h30 suivi d’une lecture de l’image 30min

 

Tract surréaliste, Déclaration du 27 janvier 1925

 

Eu égard à une fausse interprétation de notre tentative faussement répandue dans le public,

       Nous tenons à déclarer ce qui suit à toute l’ânonnante critique littéraire, dramatique, philosophique, exégétique et même théologique contemporaine :

       1° Nous n’avons rien à voir avec la littérature,

       mais nous sommes très capables, au besoin, de nous en servir comme tout le monde.

       2° Le SURREALISME n’est pas un moyen d’expression nouveau ou plus facile, ni même une métaphysique de la poésie ;

       Il est un moyen de libération totale de l’esprit et de tout ce qui lui ressemble.

       3° Nous sommes bien décidés à faire une Révolution.

       4° Nous avons accolé le mot SURREALISME au mot de REVOLUTION uniquement pour montrer le caractère désintéressé, détaché, et même tout à fait désespéré, de cette Révolution.

       5° Nous ne prétendons rien changer aux mœurs des hommes, mais nous pensons bien leur démontrer la fragilité de leurs pensées, et sur quelles assises mouvantes, sur quelles caves, ils ont fixé leurs tremblantes maisons.

       6° Nous lançons à la Société cet avertissement solennel :

      Qu’elle fasse attention à ses écarts, à chacun des faux-pas de son esprit nous ne la raterons pas.

       7° A chacun des tournants de sa pensée, la Société nous retrouvera.

       8° Nous sommes des spécialistes de la Révolte.

       Il n’est pas  de moyen d’action que nous ne soyons capables, au besoin, d’employer.

       9° Nous disons plus spécialement au monde occidental :

        le SURREALISME existe -

        - Mais qu’est-ce donc que ce nouvel isme qui s’accroche maintenant à nous ?

        - Le SURREALISME  n’est pas une forme poétique.

        Il est un cri de l’esprit qui retourne vers lui-même et est bien décidé à broyer désespérément ses entraves, et au besoin par des marteaux matériels.

Du Bureau de Recherches  Surréalistes

15, rue de Grenelle

 

Louis Aragon, Antonin Artaud, Jacques Baron, Joë Bousquet, J.-A. Boiffard, André Breton, Jean Carrive, René Crevel, Robert Desnos, Paul Eluard, Max Ernst, T. Fraenkel, Francis Gérard, Michel Leiris, Georges Limbour, Mathias Lübeck, Georges Malkine, André Masson, Max Morise, Pierre Naville, Marcel Noll, Benjamin Péret, Raymond Queneau, Philippe Soupault, Dédé Sunbeam, Roland Tual.

                               

 Tracts surréalistes et déclarations collectives, vol. 1, 1922-1939. José Pierre

Choix du texte :

Du point de vue de l’épidictique : ce tract permet  de voir le blâme par l’écriture pamphlétaire du tract, parallèlement ici à une défense, une promotion sous forme de manifeste de l’idéologie surréaliste : on trouve alors une autre forme de l’éloge sous forme d’auto proclamation. Surtout on voit apparaître de manière conjointe les deux versants de l’épidictique montrant par là qu’ils sont étroitement liés : l’un étant l’envers de l’autre dans un discours axiologique.  

 

Concernant l’histoire littéraire : souligner ici l’aspect collectif de l’écriture surréaliste (les signataires du tract figurent par ordre alphabétique sans préséance aucune pour l’un d’entre eux), la charge critique et l’aspect révolutionnaire du groupe au sens idéologique et non politique (souligner que l’action politique viendra plus tard et sera à l’origine des scissions), le mouvement littéraire comme mode d’action, poésie et action étant liées pour « changer la vie » (Rimbaud), « transformer le monde » ( Marx), « ces deux mots d’ordre ne font qu’un » Breton.

Il faudra définir précisément l’objet du blâme et montrer l’application du mot d’ordre « poésie et action » en s’intéressant au double aspect : un blâme qui a pour double l’éloge d’un engagement poétique particulier. Revenir alors sur la définition de l’éloge et voir ici que le blâme prend le contre-pied des termes de l’éloge.

 

1. Caractérisez la forme du tract : analyse de l’amorce, ironie, invective, discours polémique, la menace, la suite d’articles. Puis voir la visée du tract : progression thématique des référents visés.

2. Analysez les procédés d’une écriture pamphlétaire: situation d’énonciation, modalisation, implication des auteurs, réseaux lexicaux...

3. Le manifeste : action et idéologie surréaliste : le contre (négation pour se définir) + aspect didactique.

Montrer le rapport action et création : mots caractères gras (révolution à préciser). Le leitmotiv dans les répétitions, sémantisme des verbes (dire, faire)...

Se définit contre le monde et prône l’action. Changer le monde signifie aussi changer le langage: on peut montrer que le langage est « remotivé ».

 

Ce texte sera à réutiliser pour l’étude des cadavres : en effet l’aspect subversif du tract atteint un niveau supérieur pour montrer que la subversion est au cœur du mouvement.

 

Bilan : tract : définir  le surréalisme contre tout ce qui a précédé

            libération totale de l’esprit par une entreprise collective

            révolution à faire

            crier son existence

            aspect subversif  de l’idéologie : tendance anarchiste

 

Analyse de l’image :  Ernst, Au rendez-vous des amis.

 

 

 

Sur « site-magister.com/surréalisme » (tableau + voix de Breton) l’image est plus grande et l’on peut voir les numéros correspondant aux figures et leur identité  sur les deux rouleaux aux extrémités du bas.

 

1 René Crevel                                  11 Benjamin Péret

2 P. Soupault                                    12 Louis Aragon

3 Arp                                                  13 André Breton

4 Max Ernst                                       14 Baageld

5 Max Morise                                    15 Giorgio di Chirico

6 F. Dostoïevski                                16 Gala

7 Raphaël                                          17 Robert Desnos

8 Fraenkel

9Paul Eluard

10Jean Paulhan

 

Faire le rapprochement avec le tract. De manière ludique, rechercher les personnalités connues : faire remarquer que nous trouvons des peintres et des poètes / s’arrêter sur les personnalités les plus marquantes : la pose de Breton et sa cape rouge en font un personnage à part dans ce tableau.

Commenter les présences de deux personnalités : Raphaël et Dostoïevski  (signaler que l’auteur russe fait l’objet d’une critique dans le Manifeste du surréalisme, critique du roman psychologique, Raphaël et académisme en peinture : tout ce qui fait autorité en matière d’art est rejeté). Insister sur le goût du jeu chez les surréalistes.

Commenter la seule présence féminine : Gala alors femme d’Eluard, mais maîtresse d’ Ernst, et future femme de Dali (femme-muse).

Enfin, commenter la construction du tableau : galerie de portraits pour l’éloge d’un groupe (mais qui commence à se marcher sur les pieds pour certains !). Côté gauche figé (allégorie de l’inertie en art ?) et le côté droit est en mouvement. Commenter l’art du collage et du montage.

 

 

Séance 4 : Paul Eluard, Gabriel Péri : éloge funèbre

 

"Gabriel Péri"
 
Un homme est mort qui n'avait pour défense
Que ses bras ouverts à la vie
Un homme est mort qui n'avait d'autre route
Que celle où l'on hait les fusils
Un homme est mort qui continue la lutte
Contre la mort contre l'oubli

Car tout ce qu' il voulait
Nous le voulions aussi
Nous le voulons aujourd'hui

Que le bonheur soit la lumière
Au fond des yeux au fond du cœur

Et la justice sur la terre

Il y a des mots qui font vivre
Et ce sont des mots innocents
Le mot chaleur le mot confiance

Amour justice et le mot liberté
Le mot enfant et le mot gentillesse

Et certains noms de fleurs et certains noms de fruits

Le mot courage et le mot découvrir

Et le mot frère et le mot camarade

Et certains noms de pays  de village

Et certains noms de femmes et d’amis

Ajoutons-y Péri

Péri est mort pour ce qui nous fait vivre

Tutoyons-le sa poitrine est trouée

Mais grâce à lui nous nous connaissons mieux

Tutoyons-nous son espoir est vivant

 

                  Au rendez-vous allemand, 1945.

 

Choix du texte:

 

- s’agissant de l’étude de l’épidictique / lien avec le genre poétique et le registre lyrique: l’éloge funèbre (et oraison funèbre) est un passage obligé dans l’étude de l’épidictique étant la forme la  plus répandue dans le genre de l’éloge. L’ éloge funèbre concerne dans ce cas un héros de la résistance : servir la mémoire du héros et le faire renaître par l’élévation  d’un monument. Ici, le poète fait même revivre Péri en le recréant comme « mot » usuel et familier .

 

- s’agissant du surréalisme : poésie de résistance à laquelle ont participé nombre de poètes surréalistes, engagés politiquement et détachés de  fait de leur chef de file  Breton. Ce texte montre alors une évolution du mouvement, double postulation entre non-engagement pour les uns et engagement  pour les autres ce  qui coïncide avec un retour à une poésie plus traditionnelle capable de toucher le plus grand nombre (s’éloigner d’une forme d’hermétisme qui a pu exclure les non -initiés). Poèmes de résistance vont faire appel à des valeurs partagées. On rappelle comment ces textes ont été vilipendés par d’autres surréalistes comme Péret dans Le Déshonneur des poètes : pour lui ces poèmes relèvent du langage publicitaire, ou encore pour Breton qui jugera avec sévérité les poésies patriotiques d’Eluard et d’ Aragon.

 

Recherche sur Péri avant la lecture analytique :

1. Montrer comment le poème fait renaître un homme en faisant naître un nom: le nom étant un des éléments importants de l’éloge. Montrer comment Eluard arrive au nom de Péri.

Structure du poème et progression de la démonstration : pronoms et énonciation / valeur des temps des verbes.

2. Comment par la poésie on rétablit la justice : aspect cathartique de l’éloge funèbre qui rappelle la douleur pour la purifier :réseaux lexicaux mort/vie et la place de ces mots en fin de vers ( polyptote de la dernière strophe)  

3. Analyser le lyrisme : rythme croissant  du décasyllabe avec une régularité dans les césures  4/6 + anaphore propre à la litanie.

Évolution dans la parole poétique : du ton solennel du début, on  progresse vers un ton plus familier (tutoiement : intimité partagée par l’ orateur et le sujet de l’éloge). Le montrer par la forme de la première strophe : parallélisme et ampleur du vers + aucune occurrence de personne // forme de la dernière strophe : communion orateur /destinataire qui vient après une série de vocables énumérant des valeurs communes.  Expression de l’espoir.  

 

L’éloge funèbre d’Eluard est fidèle à la tradition : resserrer les liens sociaux en mettant en relation le sort du défunt avec le reste des hommes d’une même communauté.  

 

 

Lecture cursive : Aragon, Ballade de celui qui chanta dans les supplices

 

Bilan: texte à mettre en résonance avec le texte d‘ Eluard.

Quelle forme prend l’éloge ici ? Sur quoi insiste-t-il ? Quel éloge touche le plus ? Lequel fait accéder Péri  à plus d’intemporalité ?

 

Et s'il était à refaire
Je referais ce chemin
Une voix monte des fers
Et parle des lendemains

On dit que dans sa cellule
Deux hommes cette nuit-là
Lui murmuraient Capitule
De cette vie es-tu las

Tu peux vivre tu peux vivre
Tu peux vivre comme nous
Dis le mot qui te délivre
Et tu peux vivre à genoux

Et s'il était à refaire
Je referais ce chemin
Une voix monte des fers
Et parle des lendemains

Rien qu' un mot la porte cède
S'ouvre et tu sors Rien qu'un mot
Le bourreau se dépossède
Sésame Finis tes maux

Rien qu'un mot rien qu'un mensonge
Pour transformer ton destin
Songe songe songe songe
A la douceur des matins

Et si c'était à refaire
Je referais ce chemin
La voix qui monte des fers
Parle aux hommes de demain

J'ai tout dit ce qu'on peut dire
L'exemple du Roi Henri
Un cheval pour mon empire
Une messe pour Paris

Rien à faire Alors qu'ils partent
Sur lui retombe son sang
C'était son unique carte
Périsse cet innocent

Et si c'était à refaire
Referait-il ce chemin
La voix qui monte des fers
Dit je le ferai demain

Je meurs et France demeure
Mon amour et mon refus
O mes amis si je meurs
Vous saurez pour quoi ce fut

Ils sont venus pour le prendre
Ils parlent en allemand
L'un traduit Veux-tu te rendre
Il répète calmement

Et si c'était à refaire
Je referais ce chemin
Sous vos coups chargés de fers
Que chantent les lendemains

Il chantait lui sous les balles
Des mots sanglant est levé
D'une seconde rafale
Il a fallu l'achever

Une autre chanson française
A ses lèvres est montée
Finissant la Marseillaise
Pour
toute l'humanité

Louis Aragon

 

 

Séance 5 : Manifeste collectif : Un cadavre : outrage funèbre

 

Louis Aragon, Un cadavre,  1924, in Histoire du surréalisme, Documents surréalistes. Le Seuil, 1948.

 

« Avez-vous déjà giflé un mort ?

[...]

Que donc celui qui vient de crever au cœur de la béatitude générale, s’en aille en fumée ! Il reste peu de choses d’un homme : il est encore révoltant d’imaginer de celui-ci, que de toutes façons il a été. Certains jours j’ai rêvé d’une gomme à effacer l’immondice humaine. »

 

Breton, Refus d’inhumer, Un cadavre 1924, extrait

« Loti, Barrès, France, marquons tout de même d’un beau signe blanc l’année  qui coucha ces trois sinistres bonhommes : l’idiot, le traître, le policier. Ayons, je ne m’y oppose pas,  pour le troisième un mot de mépris particulier ».  

« Il ne faut  plus que mort cet homme fasse de la poussière ».

 

Un Cadavre ( 1930), Collectif, cité in Manifestes, « Mort d’un monsieur » Gallimard, 1930 + image

            a. La dernière vanité de ce fantôme sera de puer éternellement parmi les puanteurs du paradis promis à la prochaine et sûre conversion du faisan André Breton. (Robert Desnos)

            b. Le deuxième manifeste n’est pas une révélation, mais c’est une réussite. On ne fait pas mieux dans le genre hypocrite, faux frère, pelotard, sacristain et pour tout dire : flic et curé. (Georges Ribemont-Dessaignes)

            c. C’était l’intègre Breton, le farouche révolutionnaire, le sévère moraliste. Eh oui, un joli coco! Esthète de basse-cour, cet animal à sang froid n’a jamais apporté en toutes choses que la plus noire confusion. (Jacques Baron)

            d. Quant à ses idées, je ne crois pas que personne les ait jamais prises au sérieux, sauf quelques critiques complaisants qu’il flagornait, quelques potaches sur le retour, et quelques femmes en couches en mal de monstres. (Roger Vitrac)

 

 

 

 

Choix du texte :

-du point de vue de l’épidictique : l’outrage funèbre après l’éloge funèbre, on continue donc de montrer le rapport éloge/ blâme comme inversion des termes mais aussi des positions de l’éthos. La forme n’est pas poétique mais par l’aspect lapidaire et par la rhétorique de la pointe, on se situe dans la prose épigrammatique qui utilise des effets du langage poétique surtout dans l’outrage à Breton.

- du point de vue du mouvement : nous sommes avec le premier cadavre dans la production motivée par Breton et dans l’idéologie surréaliste : rejet virulent de toute autorité littéraire ou autre, de tout académisme, de tout ce qui peut représenter une société bien pensante française. ( Anatole France : couvert d’honneurs et de louanges de son vivant et à sa mort). Aspect subversif, voire sacrilège, du blâme  qui contrevient à la tradition du respect que l’on doit aux morts.

Le cadavre à Breton ( pamphlet intitulé « Mort d’un monsieur ») permet de travailler sur l’intertextualité conjointement à un autre aspect concernant l’évolution du mouvement : querelles internes, une réponse au deuxième manifeste, une utilisation par ses anciens amis des mêmes armes qui se retournent alors contre le chef de file : atteint en tant que chef de mouvement (cf image d’un Breton papal et sentencieux : « papologie Breton »).

 

Travailler à partir d’une lecture cursive du premier outrage réel à A. France :

écriture pamphlétaire : vocabulaire et expression du blâme + interpellation du lecteur rendu complice. 30mn

Retrouver dans le deuxième outrage les termes du précédent, les procédés à mettre en parallèle avec la Une contre Breton, réplique signée Ribemont-Dessaignes : analyser l’aphorisme et la forme de l’épigramme : l’aspect sulfureux et l’effet obtenu par l’art de la pointe. 1h30

 

Contexte : Pamphlet «  Mort d’un monsieur » qui répond à la dénonciation violente de Breton dans le Second Manifeste.

 

1.Travailler chaque parole : invective et injure

Qu’attaque-t-on dans ces épigrammes ?

l’homme, ses écrits, ses idées.

2. Par quels moyens ? Passer en revue chaque propos en montrant les différents procédés.

 

A titre d’exemple :

a. lexique péjoratif : décrépitude + allitération en [p] : occlusive sourde (bilabiale)  qui est une consonne forte et qui mime ici  une sorte de  crachat  en insistant sur la diction.

b. ironie dans la tension ou le décalage entre l’évocation de la réussite de la première proposition et la deuxième proposition avec accumulation d’injures + clôture dans la coordination brève (gifle verbale) « flic et curé » (cf reproche à A France) : pointe finale.

c. Décalage dans le ton et le phrasé : solennité du rythme ternaire + adjectifs antéposés  (progression dans le choix des adjectifs : du meilleur au pire)+ rupture de ton : rythme bref, raccourci, style bas.  Suite du rabaissement par animalisation

d. Présence du « je » + discrédit sur les idées. Auto-ironie dans l’expression « potaches sur le retour » : allusion à la jeunesse qui l’a suivi à laquelle a appartenu le groupe des détracteurs.

Faire le bilan des reproches faits à Breton : essayer de les comprendre en revenant sur des textes de la séquence : voix de Breton, sa pose dans l’image, et le rapport avec la Une, tout ce qui en fait une figure  d’autorité, un pape, finalement tout ce contre quoi  les surréalistes s’insurgent est représenté par Breton.

 

 

Séance 6 : L’effort humain, Jacques Prévert, Paroles, 1945

 

L’effort humain

n’est pas ce beau jeune homme souriant

debout sur sa jambe de plâtre

ou de pierre

et donnant grâce aux puérils artifices du statuaire

l’imbécile illusion

de la joie de la danse et de la jubilation

évoquant avec l’autre jambe en l’air

la douceur du retour à la maison

Non

l’effort humain ne porte pas un petit enfant sur l’épaule droite

un autre sur la tête

et un troisième sur l’épaule gauche

avec les outils en bandoulière

et la jeune femme heureuse accrochée à son bras

L’effort humain porte un bandage herniaire

et les cicatrices des combats

livrés par la classe ouvrière

contre un monde absurde et sans lois

L’effort humain n’a pas de vraie maison

il sent l’odeur de son travail

et il est touché aux poumons

son salaire est maigre

ses enfants aussi

il travaille comme un nègre

et le nègre travaille comme lui

L’effort humain n’a pas de savoir-vivre

l’effort humain n’ a pas l’âge de raison

l’effort humain a l’âge des casernes

l’âge des bagnes et des prisons

l’âge des églises et des usines

l’âge des canons  

et lui qui a planté partout toutes les vignes

et accordé tous les violons

il se nourrit de mauvais rêve

et il se saoule avec le mauvais vin de la résignation

et comme un grand écureuil ivre

sans arrêt il tourne en rond

dans un univers hostile

poussiéreux et bas de plafond

et il forge sans cesse la chaîne

la terrifiante chaîne ou tout s’enchaîne

la misère le profit le travail  la tuerie

la tristesse le malheur l’insomnie et l’ennui

la terrifiante chaîne d’or

de charbon de fer et d’acier

de mâchefer et de poussier

passée autour du cou

d’un monde désemparé

la misérable chaîne

où viennent s’accrocher

les breloques divines

les reliques  sacrées

les croix d’honneur les croix gammées

les ouistitis porte-bonheur

les médailles des vieux serviteurs

les colifichets du malheur

et la grande pièce de musée

le grand portrait équestre

le grand portrait en pied

le grand portrait de face de profil à cloche-pied

le grand portrait doré

le grand portrait du grand divinateur

le grand portrait du grand empereur

le grand portrait du grand penseur

du grand sauteur

du grand moralisateur

du digne et triste farceur

la tête du grand emmerdeur

la tête de l’agressif pacificateur

la tête policière du grand libérateur

la tête d’ Adolf Hitler

la tête de Monsieur Thiers

la tête du dictateur  

la tête du fusilleur

de n’importe quel pays

de n’importe quelle couleur

la tête odieuse

la tête malheureuse

la tête à claques

la tête à massacre

la tête de la peur.

 

 

Choix du texte :

Finir la séquence sur  le blâme  dans un texte poétique en vers libres (les précédents  : tract et prose épigrammatique). Avec ce texte de Prévert, on retrouve une  poésie satirique : satire politique et dénonciation d’une société injuste qui déshumanise l’homme. Poème qui permet donc de clore la séquence sur l’épidictique par la satire et par une forme poétique qui rejoint le blason inaugural  : vers libres courts autour d’une figure de style qui s’impose dans le poème : l’allégorie après la métaphore. Enfin, ce texte de Prévert propose une mise en abyme de l’épidictique  par le blâme de l’éloge (dénonciation de la statuaire qui loue, dénonciation de l’éloge pictural des grands).  

 

Du point de vue du mouvement : Prévert a participé activement au mouvement mais incarne une figure restée dans l’ombre pendant la période active du groupe car il n’a publié ses textes qu'à partir de 1945. Pour Leiris, «  ce pâle voyou » est le « créateur d’un rameau original du surréalisme » apportant « un ton populaire » que « jamais personne n’avait su trouver ». Ainsi, évoquer Prévert, c’est aussi montrer aux élèves comment un mouvement laisse son empreinte et marque des générations. Enfin, ce texte reprend les cibles de la critique surréaliste : l’homme objet (dès Dada marque toute la création du XX) et la critique des pouvoirs militaire, politique, religieux... transformer le monde passe par une annulation de ce qu’il est.

 

Il faudra souligner l’aspect polémique du poème : le ton n’est pas grinçant comme souvent chez Prévert mais plutôt celui de l’invective et de l’indignation, parole guerrière pour finir par « couper des têtes ».  

 

Étude linéaire : poème en forme de diptyque : la « chaîne » sert de charnière : 1er tableau l’homme, 2ème tableau son aliénation

1. Structuration du poème autour d’une figure centrale : l’allégorie.

-  litanie dans l’anaphore de cette allégorie = titre

- structuration  autour de l’antithèse : négation /assertion pour une redéfinition de cette allégorie. Allégorie et contre-allégorie : Prévert propose la sienne pour revenir sur l’opinion commune. Vision concrète charnelle de cette allégorie opposée à la statuaire : 1er blâme de l’éloge. ( statuaire apparentée à la propagande : accumulation d’images allégoriques qui désacralisent les stéréotypes véhiculés par les idéologues). Registre pathétique.

2. La satire dans le 2ème tableau : forme poétique à travailler de plus près.

-anaphores, accumulations rythment le poème et miment l’aliénation humaine par ce martèlement : cibles interchangeables : pouvoir politique, église, religion, armée, guerre, totalitarisme.

Montrer que la virulence de la satire réside dans cet amalgame : pour exemple dans le même vers croix d’honneur/croix gammées

Analyser la progression et la montée polémique dans ce délire verbal

Utiliser une poésie traditionnelle pour la satire :  Utilisation par le poète des vers classiques : alexandrins, décasyllabes, octosyllabes avec coupe régulière/ rythme binaire pour une parole concrète : des vers 42 à la fin (participe aussi au martèlement). Rythme s’accélérant jusqu’au cri final en sorte d’effarement.

Montrer que ce texte fait le blâme de la tradition de l’éloge des grands. L’éloge sous-entendu revenant à l’homme.

 

Bilan : réussite du poème : aucune difficulté dans les images, simplicité de l’expression

Frénésie du langage poétique qui mime l’aliénation de l’homme/ force du rythme.

Poésie tournée vers l’homme.

Blâme de l’éloge.

Bilan sur la séquence à partir d’un sujet de dissertation : mouvement surréaliste et formes de l’épidictique

 

 

EVALUATION : quelques pistes sur les trois sujets.

 

1. Sujet d’invention : à la manière de...

Ecrire un blason : de la chevelure, du genou, du pied, du bras, de la main...

Choisir un personnage public détesté : écrire une épigramme en prose à ce personnage.

 

2.  Commentaire littéraire du texte d’Aragon  à Gabriel Péri

      Commentaire comparé des blasons de Breton  et d’Eluard : faire un plan

 

3. Dissertation:

Sujet possible : Prévert évoque le surréalisme le qualifiant de « rencontre de gens [...]qui sans se ressembler se rassemblaient. Militaires, religieuses, policières, les grandes supercheries sacrées les faisaient rire. Et leur rire, comme leurs peintures et leurs écrits, était un rire agressivement salubre et indéniablement contagieux ». Expliquez et commentez cette vision du surréalisme. ( Introduction du volume La Pléiade sur les oeuvres complètes de Prévert ).

 

 

Bibliographie : Maurice Nadeau, Histoire du Surréalisme, Points Seuil essais

Philippe Forest, Le mouvement surréaliste, Vuibert, coll. Thématique Lettres (assorti de nombreux textes)

Ariane Guieu, Le surréalisme, Bréal

Les éditions Jean-Michel Place propose une revue surréaliste : Choix thématiques de grands textes parus dans les revues surréalistes  de 1919 à 1969 ( 13 numéros à ce jour)

L’École des Lettres : n° spécial : Éloge et blâme. 15 avril 2001