Apprentissage pluriel des langues à l'école



Résumé L'équipe a voulu montrer essentiellement la synergie opérée dans une école par les échanges avec les enseignants et les classes d'autres pays européen; il s'agit ici plutôt de l'histoire d'une équipe qui commence modestement, puis dont les initiatives et les habitudes professionnelles vont en s'enrichissant, au bénéfice pour les enfants et les maîtres, d'un plus grand plaisir d'apprendre.Mots-clés Langues vivantes ; langue minoritaire ; bi-linguisme précoce ; apprentissage du travail en équipe ; communication ; échanges.1 – Les débuts d’une histoireL’expérience a démarré quelques années auparavant avec le programme COMENIUS. Au tout début, cela a demandé une certaine énergie pour que démarrent vraiment de nouvelles façons de travailler. L’école avait eu d’excellents directeurs, mais avec des méthodes restant traditionnelles. Ainsi, chacun travaillait de sont côté, les maîtres dans leurs classes, et le directeur « rédigeant des projets». Et lorsque l'actuelle directrice s’est installée, 5 ou 6 ans auparavant, les choses devaient se présenter un peu différemment : c’était une femme cette fois, travaillant au milieu d’une majorité d’hommes, du même âge que ses collègues, et qui avait envie de travailler un peu « autrement ». Par ailleurs, un enseignant de l’équipe, mais un seul, s’était déjà engagé dans une opération « PEGASE ». Ce que proposait « COMENIUS » apparaissait donc bien comme une sorte de perspective logique.Il a fallu prendre l’information à des sources différentes : des contacts avec des personnes ressources, et aussi par la documentation que l’on trouve sur INTERNET. Tout cela pour enfin formaliser le projet et que l’expérience puisse vraiment trouver son ampleur.Il y a donc eu des contacts pris avec l’agence SOCRATES, et particulièrement auprès d’une personne-contact à BORDEAUX, qui a apporté une aide technique au projet. Il fallait gérer l’aspect administratif, et régler les questions financières. Après avoir obtenu l’adresse des partenaires étrangers, il a fallu contacter le coordonnateur en Italie. L’étape suivante a été un colloque, avec cette fois-ci des échanges en direct avec les partenaires étrangers : cela se passait à FINALE LIGURE, et le projet a enfin pris forme et corps au travers des contacts et des échanges dont le colloque a été riche.2 - Le projet s'organise Dans un premier temps au moins, il fallait mesurer ses ambitions pour réussir vraiment ce projet. L’expérience comporte un axe touchant directement les enseignants, et un axe concernant les élèves. Elle touche les deux niveaux de CM1 et 2, c'est à dire en tout quatre classes. Des visites d’étude sont organisées. Les enseignants partent donc à l’étranger, seuls ou à deux. Bien entendu, pour préparer ces visites, il y a eu au préalable bien d’autres échanges. Mais sur le terrain, l’idée est de voir la réalité du fonctionnement des autres écoles. C’est un aspect assez coûteux du projet pour l’école, alors que les autres pays semblent disposer de moyens spécifiques pour accueillir au plein sens du terme les visiteurs. Ici, il n'est pas possible d'offrir le même accueil. Par ailleurs, les autres pays semblent travailler systématiquement à deux enseignants en présence, ce qui évidemment permet de mieux recevoir et piloter les visiteurs étrangers. Au retour, l’instituteur fait deux rapports : l’un pour les collègues, et l’autre à sa classe.Elle doit permettre des échanges professionnels et humains de plusieurs sortes (mail, rencontres, …), entre des équipes pédagogiques de plusieurs pays, en l'occurrence notamment l'Italie et la Roumanie. Chaque projet dure trois années, mais avec une étape au bout de chacune des années : la reconduction se fait sous certaines conditions. La première étape s’est appelée « koïné ». Le pré-projet doit s’appuyer sur un certain nombre de critères, et on doit engager une série de contacts préalables. Pour ce qui concerne le projet de l’école de LORETTO, c’est le caractère minoritaire de la langue qui a beaucoup pesé. En écho au colloque qui permet de débuter le projet, il y aura un meeting en fin d’année pour en faire le bilan. La deuxième étape du projet sera plus cadrée : il s’agit du projet « RADICI ».L’idée est de permettre aux enseignants de chaque équipe nationale de présenter l’un à l’autre les savoirs mis en jeu, les pratiques professionnelles, et aussi l’organisation scolaire qui en est le cadre et le support. Il faut se présenter mutuellement les différentes façons de travailler de chaque pays. Au bout de cette première étape, un constat et une surprise car, contrairement à une idée trop couramment admise : « ils sont en avance sur nous… ! ». Par exemple à l’étranger le bilinguisme est assez fréquent. Sur les moyens mis en œuvre, le même constat : ils semblent réellement plus importants. C'est flagrant notamment pour ce qui concerne l’équipement informatique. Du côté de l’école de LORETTO, il a fallu " faire des sacrifices" c’est à dire renoncer à certaines choses pour pouvoir acheter des ordinateurs, et puis également faire brancher une ligne pour Internet : dans ce projet, la communication était au premier plan. Aujourd’hui, l’équipement reste toujours un problème, mais il progresse. L’école est un peu suspendue aux promesses de la municipalité concernant le câblage et le mobilier. 3 - L'interdisciplinarité : les difficultés, les plaisirsQuant à l’équipe, la difficulté c’est que l’aspect interdisciplinaire ne leur était pas clairement apparu tout de suite. Par conséquent, les enseignants menaient leurs cours habituels d’une part, et COMENIUS de surcroît. On peut dire que l’appropriation de l’expérience ne s’est pas construite d’emblée, qui aurait consisté à utiliser COMENIUS comme un nouvel outil pour atteindre les objectifs disciplinaires traditionnels. Le défi était que tout cela ne soit pas trop une contrainte, et de faire en sorte que les enseignants y trouvent aussi du plaisir. Néanmoins, arriver à élaborer des projets communs, cela leur est parfois apparu comme un vrai casse-tête. A terme néanmoins, beaucoup semblent s'y retrouver. Ces activités pluridisciplinaires permettent réellement pour les enseignants et les élèves de travailler autrement. Pour les maîtres, c'est l'occasion de rencontrer des collègues étrangers, et parfois d'enseigner directement dans les classes de ces collègues, en observant la diversité des comportements des enfants : et quelle différence entre ceux du Nord et ceux du sud ! Mais cela tient sans doute pour partie aux différentes conditions économiques et sociales : on ne se "tient" pas de la même façon selon les attentes qu'on a de l'école. Il est frappant de voir la discipline observée par les enfants des familles pour qui l'école représente le seul espoir de "s'en sortir".4 - L'apprentissage des langues, autrementEn rencontrant d'autres collègues, on peut également confronter les différentes organisations des journées voire de l'année. Par exemple, les enseignants interviennent en classe à plusieurs adultes. Et puis les petits italiens ont moins de vacances "intermédiaires", mais leurs journées sont moins lourdes ; dans leur pays, on distingue le temps du matin, avec les matières principales, et le temps de l'après-midi où l'on préfère des "activités d'éveil". Considérant les différentes méthodes de travail, on peut emprunter aux collègues leurs façons de faire, leurs idées : en Italie par exemple, ils sont plus à l'aise semble-t-il avec la pratique du théâtre, les livres, la musique surtout … Les enfants expérimentent également les systèmes différents, puisqu'il y a des échanges de classes. Pour tout dire, tout le monde n’a pas adhéré d’emblée. Il y a eu dans un premier temps une adhésion de principe, mais sans production véritable. Cela est allé déjà mieux la seconde année, puis de mieux en mieux encore. A présent, toute l’équipe est concernée. L'évolution est positive, dans la mesure où les enfants ont pu se voir proposer des activités différentes, et y trouvent plaisir. Par exemple, ils ont été amenés à travailler sur les jeux traditionnels que l'on trouve en Corse. Par ailleurs, l'initiation précoce à une ou plusieurs langues vivantes a déjà fait ses preuves. Ici encore, les maîtres ont pu vérifier auprès des enfants combien l'école a intérêt à jouer la spontanéité de leur échanges. Lorsqu'ils se trouvent avec des enfants de nationalités différentes, c'est la communication qui prime, quelle qu'en soit le moyen langagier. La timidité ne viendra que plusieurs années plus tard, rendant l'apprentissage des langues plus scolaire, et toutes ces langues moins … vivantes5 - DécloisonnerDans un établissement du premier degré, comment s'organise l'interdisciplinarité et le travail en équipe ? A départ, il est bien prévu des programmes spécifiques pour chaque cycle. Dans l'idéal, on travaille une progression pédagogique globale par des harmonisations régulières, c'est à dire des "temps" où l'on met en regard les objectifs et le rythme des acquisitions. Ce travail permet d'articuler les cycles, mais intervient également à l'intérieur de chaque cycle. Lorsqu'on souhaite travailler d'une façon "autre", il faut d'abord rompre avec l'emploi du temps traditionnel, et ne plus découper les disciplines et les activités de la même façon. Il faut au contraire réorganiser les programmes autour des activités telles qu'on les imagine : les productions d'écrits, les travaux artistiques, l'informatique, etc. On peut supposer que ce travail d'harmonisation prend du temps et de l'énergie. Mais en fait, ce travail est plus "léger" parce qu'il n'est pas imposé. Il se fait plus souplement avec les collègues : parfois sous forme de réunions, mais souvent aussi ce sont des rencontres informelles qui permettent les échanges. De la même façon, cette expérience a montré que le travail en équipe est possible ; mais cela se fait peu à peu, jour après jour. Comme pour cette concertation qui n'est pas imposée de l'extérieur, les enseignants sont amenés à montrer chacun ce qu'ils font, mais en étant libre de montrer ce qu'ils veulent bien montrer. Très curieusement, c'est le regard de ces "visiteurs" qui a joué le rôle de médiateur, et qui a rendu possible les échanges désormais plus libres entre collègues pourtant proches. Chacun étant souvent au départ très jaloux de son "intimité pédagogique" s'autorise peu à peu à recevoir, d'abord des intervenants extérieurs, puis ensuite les collègues dans sa classe.De la même façon, les débats sont plus libres, plus riches et plus ouverts lorsque, au retour de leurs déplacements, les maîtres font leur rapport de visite et raconte ce qu'ils ont vu, ce qu'ils ont vécu dans d'autres classes, dans d'autres contextes pédagogiques, et qu'ils comparent cela à leurs pratiques propres, à leurs habitudes. Les choses banales et ordinaires deviennent intéressantes, sources d'étonnement. Cela crée souvent une sorte d'émulation, surtout lorsqu'on doit se défaire, à l'épreuve des faits, d'une supposée supériorité de l'école française sur d'autres … comme lorsque les maîtres ont vu de petits Italiens de CE2 pratiquer les identités remarquables ! A l'inverse, lorsque les maîtres roumains s'étonnent du respect que leurs collègues français portent aux élèves en tant qu'individus, c'est étonnant, mais c'est aussi réconfortant, car on n'a pas toujours l'impression d'être tout à fait à la hauteur sur ce terrain là.Travailler autrement demande un certain effort, mais ce n'est pas forcément du travail en plus. C'est peut-être cet argument qui finit par convaincre ceux qui étaient au départ réticents. Mais peut-être est-il difficile de se souvenir tout à fait du chemin parcouru ?Texte rédigé en juin 2002 par : Martine LECA (entretiens avec la Directrice et 2 enseignants)

     

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